Le collectif Pour que vivent nos langues s'est mobilisé pour connaître les intentions des candidats quant aux langues régionales. (iStock)

Présidentielle : les défenseurs des langues régionales montent au créneau

Face à l’absence des langues régionales dans la campagne présidentielle, le collectif Pour que vivent nos langues a interrogé les candidats sur leurs intentions. Résultat : une droite absente et une gauche décevante.

Elles concernent au moins cinq millions de locuteurs en France et ne font pourtant pas partie des programmes des candidats à l’élection. Les langues régionales sont les grandes oubliées de la campagne présidentielle, ce que regrette le collectif Pour que vivent nos langues. Pour permettre aux défenseurs du basque, de l’alsacien ou encore du breton d’orienter leur choix de vote, l’association a interpellé les candidats pour connaître leurs intentions. Un questionnaire était à remplir avant le 2 février dernier. Bilan pour le comité créé en 2019 : une seule réponse, celle de la France Insoumise pourtant réfractaire à la loi Molac 2021. Cette dernière consiste en la protection patrimoniale des langues régionales, revient sur leur enseignement ainsi que sur leur emploi dans les services publics.

Le collectif regroupe la plupart des associations et fédérations de défense et promotion des langues régionales ; elles sont basées en Alsace, en Bretagne, en Corse, en Catalogne ou encore au Pays Basque et entendent se battre pour « arrêter [les] politiques linguicides et pour que soient décidées des politiques linguistiques porteuses d’espoir pour l’avenir ».

Dans son courrier aux candidats, le collectif rappelle « que le français n’est pas la seule langue parlée aussi bien en métropole qu’en outre-mer ». « Ces langues ont été reconnues comme éléments du patrimoine français ! », proclame Annie Maudet, secrétaire de l’association des enseignants de gallo membre du comité.

Tous les candidats ont reçu le questionnaire sauf Marine Le Pen (Rassemblement National) et Eric Zemmour (Reconquête !). Interrogé au téléphone, Paul Molac, député du groupe parlementaire « Libertés et territoires » et  membre du collectif s’explique : « Nous n’interpellons pas les candidats d’extrême droite, opposés à la diversité culturelle et ayant une vision de l’État français autoritaire et normatif. » Le député est également l’instigateur de la loi Molac.

Comme la majorité des candidats, Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) n’a pas donné suite au collectif. Elle nous a cependant confié ne pas être concernée par l’identité régionale. « La seule identité qui nous parle c’est l’identité sociale. Et nous avons fait le choix du camp des travailleurs au-delà de leurs origines », nous a écrit la candidate d’extrême gauche.

Faire du français une priorité absolue

A la demande d’une révision de la Constitution pour permettre l’application de la loi Molac, le candidat de la France Insoumise n’a pas convaincu. En effet, la loi de mai 2021 a été partiellement censurée en raison de l’enseignement immersif et de l’utilisation de signes diacritiques dans les actes de l’état civil. Revendiquant son attachement à « l’article 2 de la Constitution actuelle faisant du français la langue de la République », Jean-Luc Mélenchon est resté vague et a évoqué le passage à la VIe République par une Assemblée constituante laissant le choix aux citoyens du sort de ces langues.

Une position qui rejoint celle de Fabien Roussel pour qui « l’accès de tous au français, à la lecture, à l’écriture, à une orthographe et une connaissance correcte de la grammaire est un impératif démocratique et d’égalité. » Le candidat communiste n’a pas répondu au questionnaire du collectif mais a donné suite à notre demande d’interview pour cet article, dans laquelle il n’a pas manqué de souligner l’importance de la langue française : « ne pas maîtriser sa propre langue c’est bien sûr invalidant ». Oubliant au passage que beaucoup de français ont pour langue maternelle le breton, le corse, le basque ou encore l’occitan. Par ailleurs, maîtriser une langue dite régionale ne veut pas dire éprouver des difficultés à apprendre la langue française. L’idée du bilinguisme handicapant a été demontée à maintes reprises par des études linguistiques. Par exemple, la recherche conduite par Saliha Bouzid Baa à l’université Abderrahmane en Algérie et publiée dans European Scientific Journal en 2016 le démontre.

L’enseignement : une prise de position timide

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il reconnaît aux langues régionales enseignées à l’école un moyen de lutter contre « l’hégémonie de l’anglais ». Il assure également que « des moyens humains et financiers seront mis en place pour encourager et concrétiser le multilinguisme dans chaque établissement scolaire. » Une position que Paul Molac qualifie d’électoraliste. La France Insoumise était en 2021 « le seul parti à avoir voté massivement contre [sa] loi ». 

Fabien Roussel rejoint le candidat d’extrême gauche et affirme que « l’enseignement des langues régionales devrait être accessible à tous dans les écoles publiques des régions concernées ». Il émet tout de même une réserve se disant « interrogatif sur la question des écoles dites immersives » en mentionnant le financement de ces structures de statut privé. Le candidat fait référence à des réseaux d’écoles associatives tels que Diwan en Bretagne ou Ikastola au Pays Basque.

Des paroles qui déçoivent définitivement le collectif. Paul Molac martèle : « c’est le combat pour la diversité et pour la prise en compte de l’Homme social qui a une histoire et une culture qui ne sont pas celles de l’État ! »

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.