Lors de la présentation du 27eme rapport sur le mal-logement / Photo @fondationabbepierre

Mal-logement : La fondation Abbé Pierre interroge les candidats

Pour la publication de son 27ème rapport annuel, la fondation Abbé Pierre a invité les principaux candidats à faire connaitre leurs propositions pour parer à la crise du logement, largement aggravé par le quinquennat Macron.

Le rapport est sans appel. 300 000 personnes sans domiciles fixes, 4 millions de personnes mal logées. Les causes et les manifestations de la crise du logement ne datent pas d’aujourd’hui et pourtant loin d’en résorber les difficultés, le quinquennat Macron aura contribué à aggraver la situation. Suppression de l’ISF, coupes budgétaires pour les allocataires APL et les bailleurs sociaux, politique assumée anti-distributif sous couvert de théorie du « ruissellement », pour Laurent Desmard, président de la fondation Abbé Pierre, ce mandat se termine loin des promesses d’un « choc de l’offre » de logements et d’un accès effectif au « Logement d’abord ». Pire, le rapport souligne l’aggravation de la situation et un nombre de personnes privées de domiciles fixes en augmentation considérable depuis cinq ans. « Il apparaît que le logement n’a jamais été une priorité de l’exécutif au cours de ce mandat, alors qu’il constitue un déterminant majeur de l’équilibre budgétaire des ménages confrontés à des dépenses incontournables toujours plus lourdes, pour la vie privée et familiale, pour la santé » a rappelé Laurent Desmard avant de dévoiler les propositions de la FAP face aux candidats et candidates qui ont répondu à l’appel.

Parmi les suggestions, élargir le dispositif « Logement d’abord » pour viser l’objectif « zéro personne sans domicile » d’ici 5 à 10 ans, « produire 150 000 logement sociaux soutenu par une attribution fléchée aux personnes qui viennent de la rue », assouplir les procédures de régularisation, revaloriser les APL, encadrer le marché immobilier, éradiquer les passoires énergétiques et  « déclencher un choc de redistribution », notamment en instaurant une « taxe Tobin sur l’immobilier de luxe ». Des propositions estimées à 10 milliards d’euros selon Manuel Domergue, directeur des études de la fondation. De la France insoumise aux Républicains, les candidats et candidates aux élections présidentielles, se sont succédés au Palais des Congrès, pour dérouler leur programme face à la fondation.

« Il faut démétropoliser la France »

Le candidat PCF, Fabien Roussel, entend construire 175.000 logements pour les étudiants et les jeunes travailleurs, une mesure que lui seul compte mener. A l’instar du candidat Jean Luc Mélenchon, il vise la construction de 150.000 logements sociaux. « Il faut dégager dix à treize milliards d’euros par an pour construire des logements à loyer modéré partout en France ». Son plan d’attaque : « démétropoliser la France », promettant de développer les services publics et les logements dans les zones rurales. Le candidat communiste veut aussi renforcer la loi de solidarité et du renouvellement urbain, plus connu sous le nom de SRU, en adaptant le quota minimum de logements sociaux à 30% dans les communes en tension, contre 20 à 25% actuellement. Côté écologie, comme chez les Verts, il souhaite investir 10 milliards d’euros dans la rénovation de 700.000 logements pour éradiquer les passoires énergétiques et « promettre un logement digne à la population ».

« Ma politique, c’est la rupture avec la logique du marché »

« Clair », « concis »,« engagé », tels sont les mots qui se sont affichés au-dessus du candidat de la France Insoumise, dont l’intervention a été jugée la plus convaincante par le public. «Le programme que je présente est inspiré à 95% de ce qu’écrit la Fondation Abbé-Pierre» a engagé Jean-Luc Mélenchon. Sa mesure phare : construire 200.000 logements sociaux, en l’occurrence le double de la situation actuelle et plus que ce que stipule le rapport de la fondation. D’ici 2027, le candidat entend réquisitionner les 3 millions de logements vacants pour atteindre l’objectif « zéro sans abris », déjà engagé il y a cinq ans par Emmanuel Macron. «Ma politique, c’est la rupture avec la logique du marché, qui conduit à créer la pénurie, à jeter des gens dehors pour que d’autres puissent accumuler» a ajouté le candidat, sous les applaudissements. Pour contraindre ce marché, Jean Luc Mélenchon soutient l’extension du plafonnement des loyers (actuellement limité à  Paris, Bordeaux et Lyon) tout en abaissant le plafond à 20% en dessous du loyer médian. «Un 14m2 à Paris loué à 800 euros, moi j’appelle ça une honte, pas un prix médian» a-t-il raillé avant de promettre une « sécurité sociale du logement », autre mesure de son programme.

« Pour qu’il y ait du logement, il faut construire du logement »

La maire de Paris connait bien son sujet. Installée, elle s’est empressée de dégainer sa mesure phare : « le bouclier logement ». Autrement dit, une allocation supplémentaire aux APL qui sera dédiée, sous conditions de ressources, aux ménages dont le budget consacré au logement dépasse les 30%. « Je suis du côté des Maires bâtisseurs. Pour qu’il y ait du logement, il faut construire du logement » a-t-elle glissée, sûre d’elle. La candidate PS entend renforcer l’encadrement des loyers dont « Paris a été pionnière en la matière ». Concernant la rénovation énergétique des logements, Anne Hidalgo a réitéré sa position : «On ne peut pas faire reposer le coût de cette transition écologique uniquement sur les classes moyennes et les plus modestes». En outre, l’État prendra en charge les travaux grâce à la mise en place d’un ISF climatique, qu’elle compte remettre au goût du jour. Côté succession, pas touche. « Je ne veux rien toucher jusqu’à 300.000 euros et mettre en place un barème d’imposition au-delà » a déclaré Anne Hidalgo avant de conclure que « les gens qui vivent très bien ont un devoir auprès des gens qui ne vivent pas bien ».

« Le droit au logement conditionne tous les autres »

Chez EELV, Yannick Jadot entend répondre aux préconisations de la FAP avec la construction de 150.000 logements sociaux mais souhaite surtout invertir 10 milliards d’euros par an dans la rénovation énergétique. « Je vise l’éradication de la précarité énergétique d’ici dix ans » a-t-il scandé sous le regard de Manuel Domergue. Pour rectifier les reproches envoyés aux maires écolos, accusés d’être drastiquement opposé à la construction, l’écologiste a pris pour exemple la Métropole de Lyon qui œuvre à «transformer des projets de bureaux en logements sociaux» a-t-il rappelé.  Pour le candidat, la crise sanitaire aura permis de développer le télétravail et de penser d’autres formes de déplacements qui représentent « une opportunité pour re-densifier les villes, avec des habitations plutôt que des bureaux, et de revitaliser les bourgs et petites villes» a-t-il insisté.

« Pas plus de 30% de logements sociaux dans une même commune »

Pas facile pour Aurélien Pradé, le députe du Lot LR qui représentait Valérie Pécresse, de faire l’unanimité sur ce sujet. Seul représentant de la droite, Marine Le Pen et Eric Zemmour n’ayant pas été convié au grand oral, il n’a convaincu ni la FAP ni le public. Sans grande surprise, le porte-parole de la candidate LR a rappelé qu’elle était « hostile à l’encadrement des loyers » avant d’ajouter : « Notre conviction profonde c’est de travailler sur les moyens donnés à chacun de payer leur loyer, plutôt que de payer leur loyer». Pour en découdre avec les « ghettos urbains », elle recommande « qu’il n’y ait pas plus de 30% de logements sociaux dans une même commune». Sans donner ni chiffres ni indications concernant la construction d’HLM, la candidate veut tout de même  «accorder un droit au logement prioritaire aux travailleurs de première ligne, comme il en existe pour certaines professions ou sur les femmes victimes de violences» a fait valoir son représentant. Si ce n’est pas clair, « la candidate fera d’autres annonces lundi concernant le logement » a conclu le député.  

« Nous savons que le logement est essentiel »

« L’invité de dernière minute n’a pas eu le temps de préparer son intervention. C’est vide » pouvait-on lire au-dessus de la candidate Christiane Taubira, dont la vague prestation a tourné au fiasco. La grande gagnante de la primaire populaire n’a pas donné l’impression d’avoir préparé son sujet. Des chiffres, elle n’en a émis aucun, se contentant de répéter que « l’État a les moyens d’imposer des volumes globaux de constructions pour répondre aux besoins». A la suite de quoi, l’ex ministre s’est elle-même questionnée : « Comment créer les conditions pour que les constructeurs puissent construire ? ». Une énigme à laquelle Manuel Domergue espérait une réponse : « Comment alors ? » a-t-il insisté auprès de la candidate. «Nous sommes dans une démocratie, il y a des lois, des dispositifs divers, il y a la préemption, les ventes à la découpe» s’est-elle contenté de répondre. Après quelques minutes à tourner autour du pot, la candidate a glissé «Il faut faire respecter l’article 55 de la loi LRU» avant de se reprendre « SRU pardon ». Concernant la rénovation thermique, Christiane Taubira souhaite « l’imposer aux propriétaires » en échange d’une prise en charge par l’État de 80% des travaux. Mesure concluante certes mais insuffisante au regard des propositions de la FAP. Coté successions, la candidate s’est montrée conservatrice et confuse : « les personnes qui ont travaillé toute leur vie doivent pouvoir transmettre leur biens et c’est le cas actuellement ». Pour autant, « je surveille les hauts patrimoines car ils échappent à l’impôt» a-t-elle déclaré, sans donner de précision sur un potentiel rétablissement de l’ISF. « Nous savons que le logement est essentiel »  a scandé l’ex Garde des Sceaux sous les commentaires caustiques du public : « bla-bla-bla », « décevante », « confuse » ou encore « vide ».

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Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.