L'unique librairie féministe de Lyon a pris place au 16, rue Pizay dans le premier arrondissement le 16 octobre 2021.

La presqu’île accueille l’unique librairie féministe de Lyon

Seule librairie féministe de la ville, la « Librairie à soi.e » a ouvert ses portes dans le premier arrondissement de Lyon le 16 octobre dernier. Reportage.

Lorsque l’on passe la porte de la « Librairie à soi.e » créée par Rosa Tariverdova, on entre dans une pièce de 120m2 aux airs de souk. Bois, béton et verre : des matériaux bruts qui laissent la part belle aux livres. Les abat-jours vintages et dépareillés et les spots lumineux au dessus des étagères mettent en avant des ouvrages écrits essentiellement par des femmes. Et pour cause, c’est le but que s’est fixé Rosa, qui se décrit comme une « féministe post #metoo » de 41 ans, en ouvrant cette librairie : « Il y a de plus en plus d’ouvrages dédiés au sujet et je pense qu’il faut les mettre en valeur et les faire connaître. Plus question de les caser sur l’étagère du fond, à peine visibles du public. »

Ouverte le 16 octobre dernier, cette librairie féministe occupe d’ailleurs une place stratégique puisqu’elle se situe au 16, rue Pizay dans le premier arrondissement de la ville. A ce jour, la « Librairie à soi.e », en référence à l’essai « Une chambre à soi » de Virginia Woolf publié en 1929, est la seule à proposer cette spécialité à Lyon.

En France, l’émergence des librairies féministes remonte aux années 1970. « La librairie des femmes » fut la toute première. Inaugurée en 1974 à Paris, elle était tenue par un collectif nommé « Psychanalyse et politique ». Depuis cette date, elles ne sont pas nombreuses à avoir fleuri : une dizaine sur les presque 3000 de l’hexagone.

99 % de livres écrits par des femmes

A la librairie à soi.e, 99 % des livres sont rédigés par des autrices. Le choix est énorme : littérature francophone, littérature jeunesse ou encore bandes dessinées. Le rayon des « féminismes » est placé dès l’entrée. Impossible de passer à côté. Des classiques tels que « King Kong Théorie » de Virginie Despentes ou « Satisfaction » de Nina Bouraoui arborent les étagères de cet espace. Les nouveautés sont mises en valeur sur les étals placés au centre de la pièce. Parmi les choix de la libraire, on retrouve par exemple « Réinventer l’amour » de la journaliste et autrice Mona Chollet et « No bra » de Gala Avanzi. Mais aussi d’autres ouvrages moins connus qui traitent des questions de genre ou de sexualité : «Au bonheur des vulves » d’Elise Thébiaut, « Jouir est un sport de combat » écrit par Olympe de G. avec Stéphanie Estournet ou encore « Génération no pilule » de Maëlle Kaddah et Florette Le-Brech. Mais qui sont celleux qui décident de passer la porte de cette librairie spécialisée ?

Un lectorat masculin à conquérir

D’après Rosa, la libraire, la clientèle est essentiellement féminine. « J’aimerais faire découvrir cette littérature à tout le monde et en particulier aux hommes. Mais pour l’instant ce sont surtout des femmes qui achètent ; parfois accompagnées d’hommes. »

C’est le cas de Denis venu avec Eva. « C’est elle qui a suivi le lancement sur Instagram mais j’ai souhaité venir car c’est aussi un sujet qui m’intéresse », sourit le jeune homme. Pour Eva, cette librairie « n’est pas comme les autres » : « C’est la première fois qu’on y vient et plusieurs ouvrages nous ont interpellés. On fait du repérage pour l’instant », ajoute-t-elle.

Aussi convaincue par la boutique, Lili est tombée dessus un peu par hasard. Elle connaissait très bien la librairie Musicalame qui occupait les lieux il y a encore deux mois. En découvrant la devanture un samedi après-midi, elle n’a pas hésité une seconde avant de pousser la porte. Lili semble conquise par le concept : « Il y a tous les livres que je veux lire prochainement. En plus, je préfère acheter ces références féministes dans une librairie dédiée. »

Au rayon des bandes dessinées, son format préféré, Stéphanie flâne pour espérer trouver des présents pour Noël. Elle aussi habituée de la librairie « Musicalame », c’est grâce au bouche à oreille qu’elle a découvert l’enseigne remplaçante : « J’ai beaucoup de collègues au fait de ce mouvement, l’une d’elle m’a parlé de cette librairie. Je suis donc venue cet après-midi pour la première fois car c’est aussi une thématique qui m’intéresse. »

Quant à Fabrice, caché au fond du magasin à observer le tout petit rayon dédié à la littérature musicale, il ne partage pas l’avis des client.e.s rencontré.e.s précédemment : « Je suis venu pour « Musicalame ». Ça a été la surprise quand je suis entré. Je vois qu’il n’y a que des ouvrages de femmes ici… Pourtant les hommes aussi écrivent sur la musique, non ? », ironise le quinquagénaire. Le combat de Rosa et celui de nombreuses autres femmes ne semble donc pas encore gagné…

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.