Inscription sur une banderole "Ici on noie les Algériens" au bord de la Seine à Paris, le 17 octobre 1961.

Massacre du 17 octobre 1961 – Une blessure coloniale encore à vif

Le 17 octobre 2021 marque le soixantième anniversaire de la répression policière sanglante d’une manifestation pacifique organisée en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Ces crimes sont aujourd’hui jugés « inexcusables » par l’État français, une critique nécessaire mais insuffisante selon plusieurs organisations.

En 60 ans, c’est la toute première fois qu’un président français commémore la manifestation pacifique organisée en faveur de l’indépendance de l’Algérie le 17 octobre 1961, réprimée violemment par la police française. Sur les berges de la Seine, le 16 octobre 2021, le président Macron a observé une minute de silence en hommage aux victimes. Au moins 120 personnes avaient été tuées. Le préfet de police de Paris Didier Lallement a, comme le président, déposé une gerbe « à la mémoire des morts ». Une reconnaissance qui illustre de la part de l’État une volonté d’apaiser les douleurs de la guerre d’Algérie.

Cette cérémonie intervient à la suite de la remise par l’historien Benjamin Stora d’un rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie (1954-1962) en janvier 2021. Une officialisation scientifique et documentée des nombreux crimes qui ont été commis durant cette période. Emmanuel Macron s’était alors engagé à participer à « trois journées commémoratives et emblématiques ». Cette commémoration du massacre du 17 octobre 1961 est la seconde, après la journée d’hommage aux harkis qui a lieu autour du 25 septembre dernier, et avant les 60 ans de l’accord d’Évian qui auront lieu le 19 mars 2022.

« Une rente mémorielle »

Néanmoins, loin du climat apparemment apaisé, cette cérémonie succède à de vives tensions entre les gouvernements algérien et français. Les propos d’Emmanuel Macron sur l’instrumentalisation de l’histoire du conflit par l’État algérien ont en effet mis le feu aux poudres début octobre. Accusé d’entretenir « une rente mémorielle » et de servir à sa population une histoire qui « ne s’appuie pas que sur des vérités », le gouvernement algérien dénonce une provocation et une volonté de l’État français de ne pas reconnaitre ses crimes. Et le président algérien Abdelmadjid Tebboune de cibler « la prédominance de la pensée coloniale ».

« Crime d’État »

Un argument repris par de nombreux militants qui condamnent au moins en partie le communiqué de l’Élysée sur cette commémoration. Alors que l’État énonce que « les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République », d’anciens membres de la fédération de France du FLN et d’autres associations proches dénoncent des propos insuffisants. En cause, l’absence de référence à un « crime d’État » et la responsabilité limitée à Maurice Papon, le préfet de police de Paris au moment des faits, qui a ordonné le massacre des manifestants algériens. « Il n’était pas un État dans l’État », pointe Dominique Sopo, président de SOS-Racisme. En d’autres termes, il ne peut selon lui endosser seul la responsabilité d’un tel acte.

La politique d’Emmanuel Macron est qualifiée de « politique des petits pas » par Dominique Sopo. Pour qui le chemin vers un apaisement durable vis-à-vis des tensions héritées de la colonisation sera encore long.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.