En stage : « une fille dans un mag de mecs »

Mon bureau chez Luxuriant (je plaisante !) Image : waplag.net
Mon bureau chez Luxuriant (ou pas). Image waplag.net.

 

Quand je suis entrée en stage chez Luxuriant, un magazine luxembourgeois, je ne m’attendais pas à ce que la rédaction de cette revue lifestyle et tendances soit composée majoritairement d’hommes. Malheureusement, la virilité de ces messieurs se heurte parfois violemment à la ligne éditoriale. D’où la nécessité d’avoir recours à de jolies stagiaires très féminines. Mon portrait tout craché, en somme.

Attention. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les thématiques lifestyle et tendances ne sont pas la chasse gardée des femmes. Mais, dans le cas de Luxuriant, les rubriques mode et shopping, qui occupent un bon quart du magazine, visent un public féminin et souffrent souvent du manque d’œstrogènes de leurs auteurs. Sébastien, mon rédacteur en chef, en est bien conscient. C’est pourquoi il essaye de féminiser au maximum ses journalistes. Une ancienne stagiaire propose, par exemple, une sélection shopping depuis quelques mois.

Souvent, par manque de temps ou de personnel, Sébastien se voit obligé d’écrire lui-même sur des thèmes qu’il qualifie de « girly ». Depuis mon arrivée, j’ai remarqué qu’il s’investissait beaucoup dans cet exercice d’écriture, me demandant ce qu’une fille pourrait apprécier ou non dans ses papiers. Il m’écoute et prends en compte mes réflexions, afin de satisfaire au mieux le lectorat féminin. J’admets que cette démarche est appréciable, même si parfois, certaines maladresses me donnent envie d’hurler.

J’ai récemment interviewé une écrivaine et Seb s’est occupé du secrétariat de rédaction pour cet article. J’avais conclu mon chapô de cette façon : « femme active, romancière et critique littéraire chez Luxuriant, notre Pauline s’est essayée à l’exercice du biopic avec talent ». L’idée ne lui déplaisait pas, mais il suggéra de remplacer « femme active » par « jeune maman ». J’ai serré les dents et lui ai expliqué qu’une femme n’était pas un utérus avant tout. Nous avons donc fini par placer « jeune maman » après  « femme active ».

Avec Seb, le dialogue sur la question du genre est possible et s’avère enrichissant. Malheureusement, ce n’était pas le cas avec cet autre collègue un brin macho. Renvoyé depuis pour des raisons extérieures à cette problématique, cet homme ne tolérait pas que Sébastien puisse me demander mon avis, à moi, une fille. Il n’a jamais émis de reproches explicites à ce sujet. Pourtant, je sentais bien que lorsque le rédacteur en chef écoutait mes arguments avec intérêt, il me jetait des regards désapprobateurs.

J’ai été chargée de la correction de l’un de ses articles. Il y décrivait une jeune mannequin asiatique comme un personnage de jeu vidéo de combat, le cliché de la combattante chinoise à gros seins. Sexistes et presque racistes, ces quelques lignes me rendaient malade. Par crainte des représailles, je n’osais pas y toucher. À son renvoi, j’ai pu arracher ces détails du papier comme de la mauvaise herbe dans un jardin. Un soulagement. Reste à espérer que, dans ma carrière, je croiserais plus de Sébastien que de machos en mal de pouvoir.

« En stage » est une série d’articles plus personnels qu’à l’accoutumée, consacrés à des expériences ou des observations réalisées par les étudiants du Master 1 « Nouvelles pratiques journalistiques » de l’Université Lumière Lyon 2 lors de leur stage obligatoire à l’étranger.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.