L’indépendance de la Radio Televisión Española une nouvelle fois remise en question

Photo des locaux de la RTVE à Madrid. Image RTVE.

 

Accusations de connivence avec le pouvoir en place, censure, contestations internes… les affaires se multiplient pour le groupe audiovisuel public RTVE. Et cela commence à se faire sentir sur la qualité des contenus proposés par les chaînes et les stations du groupe.

Qualifier la RTVE d’institution relèverait presque de l’euphémisme, tant cette dernière occupe un rôle de premier plan dans l’histoire contemporaine de l’Espagne. Fondée en plein milieu de la dictature militaire aux ordres du général Franco, la Radio Televisión Española rythme le quotidien des habitants de la péninsule ibérique depuis 1956. À cette époque, nul doute possible, les chaînes et les stations étaient muselées par le pouvoir en place grâce à son office de censure. Soixante ans et une transition démocratique plus tard, plusieurs journalistes travaillant ou ayant travaillé pour le premier groupe audiovisuel du pays se demandent parfois ce qui a changé.

Censure d’État sous la présidence de Mariano Rajoy ?

Dans une enquête portant sur l’indépendance du service public en Espagne, le mensuel TintaLibre (no 34, mars 2016) rapporte le témoignage d’un ex-salarié du groupe : « les pressions et la censure ont toujours existé à la RTVE, mais celle pratiquée à l’époque du dernier gouvernement PP a sans soute été la plus sauvage » s’insurge cet ancien porte-parole de la CGT. À quoi fait-il référence ? Sans doute à un traitement de l’information jugé biaisé et fortement dicté par la majorité au pouvoir, celle du Partido Popular (PP) et de son président Mariano Rajoy, en poste depuis 2011.

Dernier exemple en date au mois d’avril 2015, alors que le dessinateur Francisco Ibanez s’apprête à publier les nouvelles aventures de ses héros Mortadelo y Filemon, sortes d’Astérix et Obélix locaux. Ce 200e album, intitulé El Tresorero, multiplie les références à peine voilées à un récent scandale politique ayant secoué toute la péninsule ibérique : l’affaire « Barcenas » (du nom du trésorier du PP Luis Barcenas, condamné en 2013 pour corruption et blanchiment d’argent). Un évènement culturel relayé par tous les médias du pays, sauf les chaînes du groupe public, qui n’ont accordé à la BD qu’une simple brève dans l’édition de la nuit du journal de La 1. Pour les observateurs, cela ne fait aucun doute, il s’agit d’une tentative de censure de la part du gouvernement.

Marge de manœuvre réduite pour le service public 

Cette affaire met en lumière un mal profond : quelle marge de manœuvre ont les journalistes des chaînes publiques dans l’exercice de leur métier ? Alors que sa principale chaîne, La 1, peine à dépasser le seuil des 10 % de parts d’audience, la RTVE doit actuellement faire face à une forte contestation en interne de la part des syndicats et des organes participatifs. Ces derniers reprochent au groupe son manque flagrant d’indépendance vis-à-vis du pouvoir en place.

Dans le courant du mois de février, le journaliste Oscar Gonzalez avait fustigé le traitement à charge de l’affaire des Titiriteros en publiant un message sur iNews, la plateforme interne permettant aux journalistes du groupe de communiquer et de rédiger leurs papiers : « une simple règle de trois : la manipulation est une forme de corruption ; la direction de l’Information manipule, donc… ». Menacé de mise à pied et de licenciement suite à la découverte de ce billet par la direction, il a bénéficié du soutien massif de ses confrères, qui ont choisi de contre-attaquer en publiant, toujours sur iNews, des poèmes sur le thème de… la censure.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.