La carte de presse luxembourgeoise, simple formalité

Image : NapInterrupted.
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Pour obtenir sa carte de presse au Luxembourg, un journaliste doit simplement fournir un certificat garantissant qu’il a bien travaillé pour un média durant l’année. En France, l’obtention de la carte de presse est basée sur les revenus issus des médias. Une condition qui peut laisser bon nombre de pigistes et de stagiaires sur le carreau. Le système luxembourgeois serait-il plus égalitaire ?

Si l’on se réfère au formulaire de demande pour l’octroi d’une carte de journaliste professionnel, le Conseil de presse luxembourgeois ne réclame aux journalistes qu’un simple certificat de l’employeur attestant qu’ils ont bien travaillé pour un média au cours des douze mois passés. Les pigistes peuvent également prétendre à la carte grâce à des certificats similaires réservés aux « journalistes indépendants ».

En France, ces derniers peuvent eux aussi obtenir ce sésame, à condition de tirer plus de 50 % de leurs revenus d’une activité journalistique. Or, certains d’entre eux exercent simultanément une activité en dehors du secteur des médias. « Je n’essaye même pas d’obtenir la carte de presse. Pour ça, il faudrait que je renonce à mon job de caissière chez Leclerc et je ne bouclerais pas mes fins de mois » explique Julie*, 23 ans, pigiste pour un grand quotidien du sud de la France.

Autres lésés du système français : les stagiaires qui, pour la plupart, ne disposent pas forcément de fiches de paye pour pouvoir prétendre à l’obtention de la carte de presse. Et ce, même s’ils sont de plus en plus employés par les médias pour produire du contenu à moindres frais. Au Luxembourg, un employeur peut fournir un certificat à un stagiaire, même s’il n’est pas payé. La contribution au domaine d’activité des médias prévaut.

Jacques Le Bohec, sociologue spécialisé dans l’étude du champ professionnel des journalistes, émet une hypothèse à ce sujet. « Plus il est difficile d’obtenir sa carte de presse, moins les journalistes français seront à même d’être syndicalisés et ils paraîtront moins menaçants aux yeux de leurs employeurs. » En France, un journaliste « encarté » bénéficie effectivement d’une protection sociale prévue par le statut de journaliste professionnel, conformément à la loi Brachard du 29 mars 1935.

La loi Brachard permet également aux journalistes de bénéficier dans leurs contrats d’une « clause de conscience » et d’une « clause de cession ». Celles-ci autorisent le rédacteur à démissionner d’un média si un changement dans la ligne éditoriale ou parmi les actionnaires principaux entre en contradiction avec ses convictions personnelles. Et ce, en obtenant une indemnité d’un mois de salaire par année d’ancienneté.

Si les conditions d’accès à la carte de presse paraissent plus évidentes au Luxembourg, les journalistes encartés du Grand-Duché ne bénéficient cependant pas de clauses semblables dans leurs contrats de travail. Bien qu’une protection sociale leur soit allouée en tant que journalistes professionnels, la législation luxembourgeoise ne prévoit pas de tels avantages en cas de démission. Les journalistes français disposeraient finalement d’un peu plus de droits que leurs voisins du Nord-Est.

*Par souci d’anonymat, les noms des personnes et des lieux ont été modifiés.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.