Libérons le Louvre - 2017 - ©Denis Meyer

Libérons le Louvre - 2017 - ©Denis Meyer

Des performances pour “libérer” le Louvre des énergies fossiles

Depuis 2015, le collectif Libérons le Louvre enchaine les performances artistiques dans le célèbre musée parisien pour dénoncer son partenariat financier avec le groupe Total.

Au pied de la Victoire de Samothrace, les membres du collectif Libérons le Louvre s’apprêtent à entrer dans la danse. Ils retirent leurs couches de vêtements noirs. L’une pause son écharpe, l’autre son pull ou sa veste. Les vêtements se disposent les uns à côté des autres. D’abord un, puis deux, puis des dizaines, recouvrant un espace imposant. Cet amas de tissus disposé sur les marches qui mènent à la statue crée une « marée noire ». La même qu’a provoqué Total en 1999 et qui pourrait être amené à se reproduire s’ils continuent à exploiter toujours plus les ressources pétrolières, accusent les artistes. Cette performance est la première d’une longue lignée : Die-in devant le Radeau de la Méduse ou encore coloration en noir de l’eau du parvis. Les mises en scène sont nombreuses mais l’objectif reste le même : faire en sorte que « Total ne soutienne plus le Louvre et que le Louvre ne soutienne plus Total ». Pourquoi le Louvre ? Parce-qu’il est représentatif de « l’histoire humaine sur le temps long » : laisser Total en être le soutien revient à minimiser les impacts de l’exploitation des énergies fossiles sur l’humain, dénoncent le collectif.

L’artivisme

« La performance est un moyen d’ajouter une petite pierre aux possibles manières de lutter contre l’injustice climatique et le green washing des grosses entreprises », raconte Alejandra, la chorégraphe et coordinatrice du collectif. L’artivisme, mot valise réunissant « art » et « activisme », consiste à mettre en place des performances, c’est-à-dire des œuvres artistiques qui prennent forme par les actions des participants. Libérons le Louvre s’inscrit dans cette démarche, et plus spécifiquement dans un artivisme écologique.

Pour ajouter sa pierre à l’édifice et avoir un impact, il faut d’abord passer par une phase de réflexion. Alejandra explique que le Louvre, ce lieu « magnifique mais qui a quand même des contraintes » les a poussés à faire évoluer leur façon d’envisager leurs actions. L’objectif est désormais de « ne plus construire les performances dans le vide mais de les penser de manière contextualisée ». Il faut penser la performance en fonction du lieu dans lequel elle se déroulera. Les lieux investis par le collectif sont significatifs comme le Radeau de la Méduse et ses personnages agonisants pour symboliser les victimes du dérèglement climatique. D’autres critères entrent également en compte pour avoir un impact : « il faut avoir une idée et pas dix, avec un message compréhensible tout de suite. Il faut aussi que ce soit beau, et si ce n’est pas beau il faut que ce soit drôle. L’objectif est que l’on puisse rapidement comprendre quelle est l’intention, ce que l’on veut dénoncer et comment on veut le faire passer. »

« Aujourd’hui l’activité artistique ne fait plus scandale »

Faire passer un message par le biais d’une performance n’est pas toujours aussi simple, et dépend beaucoup du public. La performance reste une action éphémère, avec les avantages et les inconvénients que cela incombe. Selon Bruno Péquignot, professeur en Lettres et Arts et auteur de De la performance dans les arts – Limites et réussites d’une contestation, « l’impact dans le temps est plus faible, même s’il peut en rester des traces comme des vidéos ou des photos. Mais sur le moment la performance a plus d’impact qu’une œuvre classique surtout dans le domaine de l’engagement politique comme pour l’écologie, car ce qui est intéressant c’est d’avoir un impact maintenant et pas dans cinquante ans. » Mais pour impacter un public large, encore faut-il avoir de la visibilité. Alejandra avoue que « s’il n’y a pas une des grosses agences de presse sur place ce que l’on fait ne sert à rien ». Un sentiment partagé par Bruno Pequignot : « Moi qui suis lecteur de quotidiens tous les jours j’avais vaguement entendu parler de la contestation contre Total au Louvre. A l’inverse je lis tous les jours des articles sur la protestation de la conférence citoyenne. Elle me paraît finalement avoir plus d’influence. » Selon lui, le problème est bien profond concernant l’impact de ses actions : « Aujourd’hui l’activité artistique ne fait plus scandale. Et dans la mesure où vous ne faites plus scandale, vous avez peu d’impact. »

Le lien entre performance et écologie ne date pas d’hier. En 1968, l’artiste argentin Nicolas Uriburu déversait un colorant vert dans le grand canal de Venise pour dénoncer la pollution des eaux. Il réalisait l’une des premières actions dénonçant le manque de considération pour l’écologie.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.