Au Sénégal, l’école Black Girls Surf forme les surfeuses de demain

En vogue depuis plusieurs années, le surf sénégalais reste un sport très masculin. Mais plus pour longtemps selon Rhonda Harper, fondatrice de l’école Black  Girls Surf.

En 1964, le mythique film Endless Summer faisait découvrir au monde entier les spots de surf alors méconnus du Sénégal. Depuis, le pays accueille des adeptes de ce sport venus des quatre coins du globe pour le climat agréable toute l’année et la qualité des vagues. Mais depuis les années 80, les locaux se frayent également un chemin au sein des compétitions internationales grâce notamment à une meilleure organisation des clubs et de la fédération. Les grandes oubliées de cet essor sont les femmes mais cela pourrait bien changer dans les prochaines années.

La première surfeuse pro du Sénégal

En première ligne dans cette lutte pour une meilleure représentation des Sénégalaises dans le surf professionnel : Rhonda Harper. Lorsque la fondatrice de l’organisation à but non-lucratif Black Girls Surf (BGS) a commencé le surf à Hawaii, berceau de la discipline, sa couleur de peau n’était pas un problème. Les premiers incidents racistes dont elle a été victime ont eu lieu en Californie. Rhonda fonde alors Black Girls Surf et en mars 2020, une antenne est créée à Dakar. L’idée : créer un espace sain pour accompagner les jeunes surfeuses de couleur dans leurs rêves de compétition. L’école, la première du genre en Afrique, est située à Yoff, une commune du nord-ouest de Dakar. Elle accueille aujourd’hui une cinquantaine de jeunes filles. Celles-ci s’entraînent donc à la compétition avec un emploi du temps bien rempli : un programme physique, un programme nutritionnel et des cours de surf thérapie pour « préparer mentalement les filles au surf professionnel ou à la compétition ». Car les jeunes filles ont le choix, elles peuvent choisir de pratiquer le surf comme loisir tout en participant à des compétitions de l’Association Internationale de Surf ou en faire leur métier et ainsi intégrer la World Surfing League.  Une méthode de professionnalisation qui fonctionne car Khadjou Sambé, repérée par Rhonda Harper, est devenue cette année la première femme surfeuse professionnelle du Sénégal, en plus de son poste de coach pour BGS à Dakar.

« Ici, elles peuvent être des jeunes filles »  

Au-delà de l’aspect compétitif que souhaite apporter Rhonda Harper aux jeunes sénégalaises, l’école BGS correspond à un réel objectif social et émancipateur. En effet, Rhonda raconte que ces jeunes filles ont été rejetées par les hommes lorsqu’elles ont souhaité se jeter à l’eau, le surf étant un sport encore relativement récent dans le pays et encore plus pour les femmes.  La philosophie qu’elle souhaite leur transmettre est la suivante : « Tu peux devenir qui tu veux à partir du moment où tu te trouves dans une atmosphère adéquate avec les bonnes personnes et les bons outils pour t’aider à réussir ».  Rhonda leur ouvre même les portes de son appartement. En jeu : leur offrir une vie collective et professionnelle affranchie des contraintes sociales. « Ici, elles peuvent être des jeunes filles. Elles n’ont plus à se préoccuper des tâches ménagères, de garder leurs frères et sœurs ou de se préparer au mariage.» En effet, l’UNFPA (Fond des Nations Unies pour la Population) écrivait dans une publication de 2017 que, « au Sénégal, une fille sur trois est mariée avant ses 18 ans ». L’école Black Girls Surf a donc un rôle social important à jouer dans le futur de ces Sénégalaises et cela attire. Les demandes d’inscription ne cessent d’arriver depuis l’ouverture de l’antenne de Dakar et celles-ci concernent non seulement les jeunes sénégalaises mais aussi des femmes plus âgées et venant parfois d’autres pays d’Afrique. Rhonda Harper espère maintenant que les hommes sauront laisser aux femmes la place qui leur est due dans le monde du surf, sur l’eau comme en dehors. En effet, selon elle le développement du surf féminin en Afrique passe aussi par la promotion de femmes à des postes dans l’organisation des évènements sportifs ou dans les jurys des compétitions. Cette évolution demande cependant l’engagement de tous les acteurs du secteur, mais en attendant, Rhonda Harper invite les jeunes filles à rêver : « Dare to dream* ».

*Osez rêver

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.