Droit à l’avortement : la lutte en Amérique Latine continue


A l’occasion de la journée internationale pour la légalisation de l’IVG en Amérique Latine, les associations féministes se mobilisent pour rappeler que la très grande majorité des femmes du continent n’ont toujours pas le droit d’avorter.

« C’est urgent, c’est une priorité, c’est essentiel » proclamaient des centaines de femmes en brandissant leur foulard vert à la caméra lors du « pañuelazo » virtuel le 28 septembre, journée internationale pour la légalisation de l’IVG. A Buenos Aires, comme à Saint Domingue, Bogota, Mexico, entre autres, les associations féministes se sont réunies devant les différents établissements politiques pour exiger l’accès à un avortement sans danger. Le contexte de crise sanitaire ayant été pris en compte, les militantes se sont aussi mobilisées en ligne. La “Campagne Nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit” a organisé un événement virtuel qui a commencé avec la projection du documentaire “Aborto legal ya” (« avortement légal maintenant ») d’Eleonora Ghioldi et s’est conclu avec le “pañuelazo”. Depuis 1990, date de l’inauguration de la journée internationale pour la dépénalisation et légalisation de l’avortement, les militantes se réunissent afin de réclamer leurs droits. 

Une différence entre sous-régions

Seulement quatre pays en Amérique Latine permettent aux femmes d’avorter: Cuba, Uruguay, Guyana et la Guyane française ce qui veut dire que 97% des femmes vivent dans un pays où l’IVG est puni par la loi. Cependant, un déséquilibre entre plusieurs régions subsiste.  

Honduras, Nicaragua, Haïti, République Dominicaine et le Salvador sont les cinq pays de la région qui interdisent l’avortement, peu importe les circonstances. Cette zone est donc l’une des plus strictes en matière d’IVG dans le monde. Au Salvador, le code pénal condamne de deux à huit ans de prison une femme ayant avorté. Cependant la sévérité de la condamnation peut s’intensifier. Si les juges concluent qu’il s’agit d’un meurtre, la peine de prison s’élève alors de 30 à 50 ans. 

Dans le Cône Sud, l’avortement est autorisé pour les cas suivants : le viol, les problèmes congénitaux graves du fœtus et la mise en danger de la femme. Ce dernier cas reste le plus répandu et fait office d’unique exception à la règle au Venezuela, Guatemala, Paraguay, Pérou et au Costa Rica. 

95% des avortements sont clandestins

Autre chiffre inquiétant, sur les  4 millions d’avortements effectués dans la région, 95% sont clandestins, selon l’institut Guttmacher,  institut de recherche fournissant des statistiques sur le contrôle des naissances et de l’avortement.Cela concerne l’hospitalisation de 760 000 femmes par an. En 2014, 10% des décès de mères étaient dues aux avortements clandestins. 

Ces avortements illégaux sont particulièrement surreprésentés au sein de classes sociales défavorisées. Les femmes pauvres vivant dans des zones rurales ont encore moins de moyens et services à leur disposition que les citadines de milieux plus aisés. Elles ont donc plus de risques de subir les dangers d’un avortement clandestin. 

Dans un sous-continent très croyant, la religion pèse dans la décision des gouvernements. Dans toute l’Amérique Latine les églises évangéliques manifestent contre l’avortement et pour le “droit de la famille” avec un foulard bleu céleste en guise de symbole.

L’essor des gouvernements conservateurs dans certains pays empêche l’adoption de nouvelles lois et met en danger celles déjà mises en place. Au Brésil, par exemple, les discours pro-vie prennent de l’ampleur et sont soutenus par le président Bolsonaro. En août dernier, les autorités ont durci les conditions requises pour qu’une femme puisse avorter en cas de viol. Désormais, le personnel médical est obligé de proposer à la femme de voir l’échographie de l’embryon ou fœtus. De plus, la victime de viol doit être capable de relater les évènements en détails sous risques de subir des poursuites judiciaires si elle ne parvient pas à prouver les faits. 

Quelques petits espoirs

Certains dirigeants commencent cependant à répondre favorablement à cette vague féministe qui se propage dans toute la région.

En République Dominicaine, l’avortement est totalement interdit, mais suscite tout de même de nombreuses questions au sein du débat public. Plusieurs députés et sénateurs cherchent à modifier la constitution de façon à ce que l’avortement soit autorisé dans les cas évoqués plus haut (viol, les problèmes congénitaux graves du fœtus et la mise en danger de la vie de la femme). Durant sa campagne présidentielle, Luis Abinader, élu en mai, avait déclaré être en faveur de ces nouvelles mesures. Les groupes pro-choix attendent que le nouveau gouvernement mette en place des actions concrètes.

L’IVG a presque été dépénalisée en Argentine mais l’opposition a obtenu la majorité au sénat. Le panorama est désormais optimiste. Le nouveau président, Alberto Fernández, est favorable à la légalisation absolue de l’avortement et un projet fut établi, avant d’être mis en pause à cause de la pandémie. 

Au Mexique, l’état d’Oaxaca a légalisé l’avortement en octobre 2019. Avant cela, il était légal uniquement dans la capitale. Poussés par la décision d’Oaxaca, les autres états du Mexique luttent pour la légalisation de cette pratique. 

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.