CORONAVIRUS: policiers et gendarmes « oubliés et livrés à eux-mêmes…», selon le syndicat Alliance Police Nationale

Privés de masques et face à de nombreux Français qui ne respectent pas le confinement, les policiers et les gendarmes sont inquiets et menacent d’exercer leur droit de retrait.

Depuis le début du confinement, cela saute aux yeux : nos forces de l’ordre ne sont pas protégées. Les policiers et les gendarmes, en première ligne sur les opérations de barrage de contrôle, ne portent pas de masques de protection ni de gants, pourtant premières barrières contre le coronavirus. Ils sont pas moins de 100 000 partout en France à faire respecter le confinement pour limiter la propagation de la pandémie dans ces conditions. En plus d’être contaminés, les gendarmes et policiers risquent surtout de propager le virus.

« On nous demande de ne pas porter de masque pour ne pas inquiéter la population »

Les policiers et les gendarmes ont reçu des consignes strictes : face à la pénurie, les protections sont réservées aux personnels soignants en priorité et « ne peuvent pas être gaspillées pour notre protection », nous explique Paul*, un gendarme exerçant dans le Gard. Il ajoute qu’une autre raison officielle est de rassurer la population et ne pas montrer les gendarmes, représentants de l’État, malades. Le port du masque et des gants leur est autorisé uniquement en cas d’extrême nécessité, c’est-à-dire « s’ils font face à une personne contaminée » selon les consignes du Premier ministre Christophe Castaner. Mais comment savoir quand une personne est porteuse du virus covid-19 ? « Là est le problème. Nous ne pouvons pas savoir et sommes ainsi quotidiennement exposés au risque d’être malade ».

De plus en plus de membres des forces de l’ordre tombent malades. Mercredi 25 mars, le coronavirus faisait sa première victime connue parmi les forces de l’ordre, un gendarme de 51 ans. Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative police s’indigne : « si on continue ainsi, dans 15 jours, les trois quarts des effectifs seront au tapis ! ». Les gendarmes font actuellement face à deux cas de figure: « On a des personnes qui sont confinées, mais il y en a d’autres qui ont des symptômes, mais qui continuent à travailler parce que s’arrêter est mal vu ». Par peur d’être jugés, certains gendarmes ferment les yeux sur le risque de contagion et ne s’arrêtent pas de travailler. « De toute façon si on mettait en quarantaine tous les gendarmes affectés, il n’y en aurait plus sur les routes », ajoute Paul. C’est pour éviter cela que 3500 élèves gendarmes qui étaient encore en formation ont été mis sur le terrain plus vite que prévu. Ils reprendront leurs formations après la pandémie.

Les syndicats Alliance et SGP Unité police revendiquent le droit de retrait

Malgré les efforts des forces de l’ordre pour limiter la propagation du virus pendant les contrôles (distance de quelques mètres, pas de contact physique), beaucoup estiment que des mesures beaucoup plus strictes sont nécessaires.

De façon inédite, sept syndicats de police ont écrit au ministre de l’Intérieur pour lui demander d’autoriser « le port du masque pour les policiers engagés dans cette « guerre » et équiper l’ensemble des services des moyens de protection indispensables ». De son coté Alliance Police Nationale CFE CGC 49 « entend que la priorité absolue doit être donnée aux personnels soignants, mais, juste après, la priorité doit être donnée aux pompiers, aux gendarmes et aux policiers. Il s’agit là d’un devoir opérationnel et d’un devoir sanitaire ».

Une amende de 135 euros qui ne fait pas peur

Alors que la pénurie de masques n’a pas été réglée, les comportements allant à l’encontre des recommandations sanitaires sont la cause principale de la propagation. Nombreux contreviennent à l’obligation d’isolement et n’hésitent pas à sortir de chez eux. Dans le Gard, Paul verbalise une dizaine d’individus par jours, « surtout des personnes âgées qui font leur promenade et des jeunes qui jouent au ballon ». Des amendes d’un montent de 135 euros qui ne semblent pas dissuader les Français à sortir, sans se rendre compte de la gravité de la situation et de la conséquence de leurs actes. À Beauvais le mardi 24 mars, une policière a dû être admise à l’hôpital après avoir reçu un pavé sur la tête par un individu refusant d’être contrôlé. C’est pour cela que comme Paul, de nombreux demandent des mesures plus strictes, « quitte à aller jusqu’au confinement total ou à ajouter un quota de courses à faire ». Dans le Pas-de-Calais, la police n’a pas attendu: pour faire respecter le confinement, elle ne se contente plus de distribuer des amendes, c’est en garde à vue que les récidivistes finissent pour « mise en danger de la vie d’autrui par violation délibérée des mesures destinées à prévenir et limiter les conséquences des menaces sanitaires sur la santé ». Une infraction passible d’un an de prison et 15.000 euros d’amende.

* LES NOMS ET PRÉNOMS DES PERSONNES CITÉES ONT ÉTÉ MODIFIÉS.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.