Jean-François Richard en reportage dans le Sahara, 1985

Jean-François Richard en reportage dans le Sahara, 1985

Rencontre avec Jean-François Richard de l’Agence France-Presse

Jean-François Richard a effectué́ toute sa carrière au sein de l’AFP, d’abord comme journaliste à Rennes, pour finir directeur régional à Lyon, en passant par Alger ou encore Paris. Il revient pour sur son parcours et sa vision du rôle et du fonctionnement d’une agence de presse.

Pourquoi êtes-vous devenu journaliste, et pourquoi à l’AFP ?
Je suis devenu journaliste parce que j’ai eu envie, et c’est ce que j’ai écrit dans ma lettre de motivation pour les écoles de journalisme, « d’écrire l’histoire au quotidien ». (…) Après mon service militaire, j’étais déjà père de famille, il était urgent que je trouve un emploi. (…) J’ai donc cherché un boulot et je suis tombé sur l’AFP par hasard. Une amie m’avait dit qu’ils embauchaient, j’ai postulé. Quinze jour après on m’appelle, un vendredi soir, en me disant qu’on a besoin de quelqu’un dès lundi. On me propose Clermont-Ferrand ou Rennes, sans trop réfléchir j’ai répondu Rennes parce que Clermont était plus proche de Lyon et que ça ne ne me paraissait pas une grande ville. J’y suis resté 7 ans. 

Vous avez occupé plusieurs postes au sein de l’Afp, comment avez-vous vu le journalisme d’agence de presse évoluer ? 
Le journalisme mène à tout. Aujourd’hui il y a des chefs d’entreprises, des politiques des ecclésiastiques… j’ai eu la chance à l’intérieur de l’agence d’exercer plusieurs métiers. Parce que je l’ai vraiment voulu, et aussi parce que je pense que le journalisme est une entreprise collective, faite de collaborations entre les gens. Le métier de journaliste c’est de délivrer de l’informations. Or, c’est un produit qui se créé difficilement. Les évolutions actuelles me paraissent dans la lignée de ce qui s’est toujours fait : il y a des concurrences sur le temps réel. Mais le rôle du journaliste c’est de vérifier et d’expliquer l’information. Je pense que le journalisme à l’avenir s’exercera à travers des supports différents. Et le rôle des agences de presse était donc de fournir des informations avec l’objectif d’être le plus rapide possible après l’événement. Aujourd’hui c’est plus compliqué. Avec les smartphones et autres c’est pratiquement impossible. Mais il reste aux agences le rôle de labellisation et de vérification des informations, qui va se poursuivre. Les agences sont les plus à même de remplir cette mission. 

Jean-François Richard
Jean-François Richard

Quels souvenirs gardez-vous des débuts de votre carrière ? Historiquement, les agences ont été créées pour mutualiser les frais de la collecte de l’information. (..) Quand j’ai commencé, j’avais une machine à écrire et on allait au bureau de poste ou aux cabines téléphoniques pour transmettre les papiers. (..) Si on regarde l’histoire des agences, elles ont commencé avec le pigeon voyageur, puis le télégraphe. A mes débuts en 1974 on recevait encore des télégraphes d’Afrique. On devait aller à la Poste et payer au mot. On ne mettait pas les articles, il fallait être concis ! La révolution technologique est énorme. 

Pensez-vous qu’il y a des différences entre travailler à l’étranger et travailler en France ?
Je pense que le métier de journaliste s’exerce partout de la même façon : il faut rechercher l’information et la vérifier, avoir un carnet d’adresse, s’adresser aux gens… La méthode est la même, ce sont les difficultés qui sont différentes. Trouver de l’information en France c’est relativement facile, contrairement à ce que veulent faire croire certaines personnes. Il y a toujours des sources. Sortir une information est plus difficile que l’avoir. 

« Sortir une information est plus difficile que de l’avoir »

Quelles sont les différences entre travailler pour une agence de presse ou pour un média ?
En agence, on n’a pas à se projetter sur l’avenir. Il faut gérer le quotidien. Pour la chute du mur par exemple, il fallait gérer le factuel, minute par minute. (…) Au final, on a écrit dans la nuit que le mur était tombé, pas tout de suite après la conférence de presse l’annonçant. On nous l’a reproché́, mais on s’est tenu au factuel ! Notre boulot c’est de remettre en situation, d’analyser, d’expliquer mais pas de lire dans des boules de cristal. 

Comment peut-on décrire la relation entre les différentes agences de presse ?
C’est de la concurrence, mais sur le terrain on peut coopérer. On se parle, on échange. Par exemple en Algérie, une attaque d’un commando islamique restait à vérifier. La correspondante de l’Associated Press a réussi à avoir confirmation via un ambassadeur, avant moi. Elle m’a donc prévenu, même si elle a publié́ l’article avant.

Comment l’AFP a-t-elle vécu les débuts d’Internet ?
Il y a eu plusieurs étapes. Les services techniques étaient contre l’arrivée d’internet, puisqu’au départ il fallait transmettre pour chaque client récepteur de façon individuelle. Il a fallu se battre, attendre 4/5 ans que la technologie évolue. (… ) Il a fallu adapter le système rédactionnel, connecter les serveurs informatiques entre eux. Il a fallu également aménager les rédactions avec l’arrivée de nouvelles technologies : studio vidéo, studio d’enregistrement… ça coûte cher, il faut de la place. J’ai dû réaménager 3000 m2 de bureaux pour s’adapter au multimédia. Un vrai défi ! 

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.