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Fact-checking : le marketing de la confiance ?

Depuis la prolifération des sites de fact-checking, la vérification des informations est devenu une volonté pour les médias de regagner la confiance du public. Le fact-checking évolue grâce à Internet et ses outils mais doit faire face à de nouveaux acteurs, notamment Facebook.

En France, le fact-checking semble être devenu la tendance des médias tant l’omniprésence de cette pratique journalistique saute aux yeux avec notamment CheckNews, AFP Factuel, ou encore Hoaxbuster…. Depuis 2000, nombreux sont les acteurs ayant fait le pari d’une plateforme dédiée à cette pratique. Premier historiquement, le site Hoaxbuster, est une exception : plateforme collaborative entre internautes, elle a pour but de « se placer entre le public et le média » explique Guillaume Brossard, le fondateur, d’une voix empreinte d’une certaine fierté. Cette position d’« entre-deux », il l’explique par une volonté de réparer le lien entre public et journalistes. Un lien cassé dû à « une confiance perdue » affirme t-il.

Pour regagner cette confiance, Laurent Bigot, auteur de l’article « Les journalistes fact-checkers français entre réinvention de la vérification et quête de reconnaissance professionnelle » (2018), observe une mise en avant de ces nouvelles plateformes répondant aux attentes des internautes : « la démarche des médias en question (sur cette pratique) s’apparente à du marketing ». Interviewé par téléphone, il rajoute que « la vérification des sources, des informations, n’est pas quelque chose de nouveau, elle est apparu aux Etats-Unis dans les années 20. Aujourd’hui, on est pas dans une réutilisation, mais plutôt dans une réinvention de cette pratique. » 

La réinvention de la vérification des sources : Internet et ses outils

Si auparavant cette vérification se faisait en « amont, dans un service de rédaction dédié à cela, aujourd’hui face à l’accélération des réseaux sociaux, tout se fait après » nous explique Laurent Bigot. Journaliste à Libération, Cédric Mathiot est le fondateur de Désintox lancé en 2008, devenu Check News en 2017. Il explique avoir vécu une évolution de cette pratique : « Au départ, le fact-checking, c’était vérifier la parole politique. Après l’année Trump, avec les fake-news, ça s’est beaucoup plus élargi… » 

Dans une volonté de pédagogie, nombreux sont les sites de fact-checking à expliquer leurs méthodologies : les outils numériques sont une référence commune et Internet a permis de faire évoluer la pratique. Le journaliste de Check News explique que la vérification se fait « principalement par les réseaux sociaux qui sont d’une grande aide. Les outils sont nombreux : à partir d’une image vidéo, on arrive à retrouver les auteurs.» Sur le site de l’AFP Factuel, une page est dédiée à la méthodologie où de nombreux outils sont dévoilés, comme par exemple  whopostedthat.com, qui sert « à rechercher sur Facebook toutes les publications où la première publication relative à une affirmation ou à une image ». Guillaume Brossard, non journaliste, utilise également des outils communs comme Invid, « un moteur de recherche inversé pour les vidéos », que l’on retrouve également sur le site d’AFP Factuel.

Les GAFA, à la source de la vérification d’informations

Mais cette évolution n’est pas uniquement technique : elle se situe également au niveau des acteurs interférants dans cette pratique journalistique. Jusqu’ici, il y avait d’un côté, les amateurs se professionnalisant et d’un autre, les journalistes professionnels. Mais accusés après les élections présidentielles américaines en 2016 d’avoir laissé des fake news se répandre, les GAFA – Facebook en tête – « se sont sentis quand même un peu responsable de ce qui s’était passé…ils se sont dit qu’ils avaient peut-être alors un petit rôle à jouer. » De simple relais d’informations, Facebook devient alors essentiel. Le réseau social annonce le 6 février 2017 sa nouvelle implication : huit médias français deviennent partenaires de la firme américaine dans la lutte contre les fake news, dont Check News. 

Lancé sur le sujet, Cédric Mathiot réagit vivement : « On a toujours été transparents, dès le début, notamment sur les financements reçus. ». Un partenariat idéal ? Pas totalement. Par exemple, Facebook a annoncé au mois de septembre ne plus faire vérifier les paroles des politiques à leurs partenaires. Un regret pour Guillaume Brossard : « Ça devient inaudible pour le grand public. Pour les médias et Facebook, c’est très audible par contre : ils gagnent de l’argent avec ces partenariats. » Cédric Mathiot, lui, voit une certaine logique au refus d’analyser la parole politique : « On n’est pas du tout favorable à ce que les politiques soient traités de la même manière que le contenu que l’on vérifie », justifiant sa pensée par une volonté de ne pas participer à un écho médiatique de la parole politique.

Différents acteurs et de nouveaux outils composent donc l’actuelle manière de vérifier les informations. Entre craintes et espoirs, les avis semblent diverger sur la lutte contre la rumeur et la manière de vérifier les informations que Guillaume Brossard considère présents depuis « que l’homme est homme ». 

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.