Leonardi Signorino

Leonardi Signorino, représentant pour la maison Brochier Soieries, dans sa boutique rue du Boeuf dans le Vieux-Lyon, le 17 octobre 2019.

Signorino Leonardi, ennoblisseur de la vente

A 66 ans, Signorino Leonardi est passionné par la soie. Dans sa petite boutique du Vieux-Lyon où il représente la maison Brochier Soieries, il prône une nouvelle façon de vendre.

« Passez en début de semaine, n’importe quand. S’il y a des clients, je les ferai partir », m’avait assuré Leonardi Signorino. Mais arrivée, j’ai trouvé porte close. Il n’est pas rare de le voir flâner ou rejoindre sa femme dans la deuxième boutique de la rue du Bœuf. Pourtant, Leonardi est représentant de la grande maison Brochier Soieries. Mais loin de ces vendeurs pressés et oppressants, qui vendent pour remplir objectifs et tiroir-caisse, Leonardi est maître de son commerce comme de son temps.

Fringant dans son pull rouge assorti à sa cravate, sa montre et ses chaussures, il me raccompagne à sa boutique qu’il avait délaissée sans le moindre remord. Ici, foulards et écharpes de velours chamarrés exposent leurs couleurs vives sous de chaudes lumières. A gauche, une large bande de panne de velours, tissu rare au tissage complexe, patiente sur son support. Au moment de la séance photo, Leonardi me montrera comment il la peint, au son d’une douce musique jazzy, lorsque les clients se font rare. Au fond de la boutique sont exposés des documents de 1860 sur l’industrie de la soie, des kimonos japonais et un métier Jacquard d’époque. Boutique, atelier, musée. Vendeur, artiste, passionné.

« Nouveau-né dans la soie »

Leonardi me conte d’abord très sérieusement l’histoire de ce textile qui le fascine tant. L’arrivée de ce tissu prestigieux à Lyon, la route de la soie, les rois qui la promurent à travers l’Europe jusqu’à l’impératrice Catherine II de Russie, sans compter la révolution industrielle et la révolte des canuts. « Quand on se plonge dans l’histoire de la soie, on se plonge dans l’histoire de l’humanité, de la culture, du commerce, et avec Jacquard, de l’industrie !», justifie-t-il fervemment.

A l’entendre, Leonardi Signorino semble avoir toujours baigné dans ce domaine. Pourtant, comme il le dit lui-même, il n’est qu’un « nouveau-né dans la soie », arrivé « par hasard » il y a cinq ans. Mécène dans la collection d’art, il louait les espaces qui sont maintenant les boutiques de soierie pour faire connaître des artistes. « J’offrais une expérience visuelle aux passants parce que je voulais qu’ils comprennent qu’ils ont à l’intérieur d’eux-mêmes tout le savoir, tout le sens des choses. » Homme curieux et éclectique, il convainc un jour Cédric Brochier, 4ème génération de la maison, de ramener la soierie lyonnaise au cœur historique, à Saint-Jean. « Cette première expérience s’est avérée fantastique et notre collaboration dure toujours. »

« Je suis dans la transmission »

Leonardi parle peu de sa vie d’avant mais il laisse échapper quelques indices qui prennent tout leur sens. Il évoque un passé d’animateur dans des grandes surfaces de bricolage, un travail dans le marketing, des cours d’expression orale et dans une école de commerce. L’éloquence, le savoir-faire d’un bon commerçant, la pédagogie. Autant de qualités qu’il met à profit chaque jour dans sa boutique. « Mon objectif a été de construire un discours qui permettait, en quelques dizaines de minutes et à toutes les personnes qui franchissaient la porte, d’avoir une image réelle de ce qu’est ce produit, ce métier. » Pour cela, il a étudié en profondeur (et étudie toujours) la soie et tout ce qui s’y rapporte. « Tout le monde vend de la soie, continue-t-il. Mais sur l’ignorance des gens, on peut tout dire. Mon travail consiste à les éclairer. Je suis pour le commerce libre mais pas pour l’arnaque libre. » Alors il conte et raconte l’histoire de la soierie, montre l’élevage de vers à soie et démonte le métier Jacquard. Il peint, il habille, il explique, il éclaire.  « A mon âge, je suis dans la transmission. C’est bon, ma vie est faite. Soit je vis égoïstement, soit je deviens un acteur responsable dans ce monde pour offrir un avenir aux futures générations. » L’ambition est grande, mais il agit à son échelle : il valorise le Made In France, les circuits courts et les produits de qualité. « Comme le petit oiseau dans la forêt qui brûle, je mets ma petite goutte d’eau. C’est long, mais c’est ce qui m’anime », s’amuse-t-il.

Vous en avez sans doute pour des heures avec lui, mais il a le temps et compte sur le vôtre. Ancré dans le présent, passionné par le passé et préoccupé par le futur, il fustige Internet, les réseaux sociaux et la course folle d’un monde qui s’accélère. Le temps de notre rendez-vous, pas un client n’aura passé le pas de la porte. La soie n’est pas ce qui se vend le plus, notamment à cause de la concurrence sur Internet. Mais il s’en fiche. S’il continue, c’est pour émerveiller les visiteurs. « Il n’y a pas un jour où je ne rencontre pas quelqu’un qui me dise “Ouah, qu’est-ce que c’est beau !”, comme s’il voyait un magnifique coucher de soleil. Voilà, la soie, c’est comme un coucher de soleil, et c’est pour ça que je suis là. »

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.