Aurélie Chamerois : « La vidéo est indispensable aujourd’hui pour qu’un média ait une présence efficace »

Après des études en France, aux Etats-Unis et en Espagne, Aurélie Chamerois a été journaliste dans différentes radios françaises (Europe 2, Chérie FM) avant de travailler pour la presse magazine. Installée à Barcelone depuis 2008, elle a cofondé Equinox Radio & Magazine en 2011. Elle collabore également avec BFM TV, RMC Info et Ouest-France. Passionnée par son métier, Aurélie nous livre l’évolution d’Equinox.

Avec 100 000 auditeurs par jour Equinox est l’unique média français à Barcelone. Vous avez créé cette webradio avec votre ami Nicolas Salvado il y a six ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ?

Aurélie Chamerois : Tout d’abord l’envie de créer un média, ensuite l’importance de la communauté française à Barcelone. Une véritable ville dans la ville. Enfin c’est l’explosion des webradios au début des années 2010 qui nous a certainement poussés à franchir le pas. Si une radio française devait se lancer à Barcelone, c’était le moment, et nous devions être les premiers pour nous imposer comme une référence.

Vous avez été à la tête d’un magazine à Perpignan auparavant, pourquoi s’être tournée vers la webradio ? Pour vous, est-ce le meilleur média ?

AC : La radio est mon média de cœur. J’ai toujours beaucoup écouté la radio, depuis très jeune, et je continue d’en être une grande consommatrice. La webradio me fait penser aux radios libres des années 90, liberté de ton, de création, de programmation. Le média radio est aussi le plus intimiste, on peut créer une vraie proximité avec l’auditeur. Mais Equinox a connu sa véritable croissance avec la création du pure player equinoxmagazine.fr . L’écrit reste un média de base. Il se consulte plus, il se partage plus que l’audio. La combinaison radio-pure player est finalement notre formule gagnante.

Comment définissez-vous la ligne éditoriale d’Equinox ?

AC : Equinox est un média de proximité, en langue française. C’est donc un média généraliste, qui décrypte l’actualité locale et relaie les événements culturels. La cible : Français et francophones à Barcelone. Cela nous pousse à faire parfois plus de pédagogie que nos confrères locaux, remettre toujours les faits dans leur contexte.

Aurélie est également l’auteure d’un guide sur Barcelone

Photo : CC Equinox

Vous avez décidé de lancer Equinox magazine en catalan mais aujourd’hui, le site est au point mort. Comment expliquer cela ?

AC : Les moyens humains et financiers. Equinox.cat aurait besoin d’un journaliste catalan natif, et pour l’instant Equinox français accapare toutes nos ressources et ne nous permet pas d’investir dans un nouveau projet.

Equinox n’a aucune concurrence à Barcelone. Quelle place occupez-vous dans le paysage médiatique catalan ?

AC : Notre petite structure indépendante des grands groupes de presse locaux nous permet de jouer un rôle d’agitateur. Nous pouvons poser les questions que personne ne pose, aborder des thèmes de manière nouvelle, etc. Cette position nous permet d’être régulièrement repris par la presse catalane et espagnole.

Et cette petite structure indépendante justement, de quels moyens de financement dispose-t-elle ?

AC : Equinox n’est pas éligible aux aides à la presse ou à la création radiophonique en France car elle ne se trouve pas sur le territoire français. Elle n’a pas non plus droit aux aides à la presse espagnoles car celles-ci sont distribuées par les Communautés Autonomes, et pour y être éligible en Catalogne il faut diffuser en catalan. Equinox est toutefois soutenue par les institutions via les réserves parlementaires des députés ou sénateurs de l’étranger (à leur bon vouloir évidemment), et via la publicité institutionnelle de la Catalogne ou de la province de Barcelone par exemple. Toutefois, cela ne représente qu’environ 15% de nos revenus. 50% sont ensuite couverts par la publicité. Et le reste par des services externes aux entreprises : rédaction de contenus, voix off, collaborations aux reportages de télévision française, etc.

Equinox a beaucoup évolué, de l’émission phare l’Apéro à des rubriques telles que Le Mystère de Barcelone ou l’Humeur de Leslie aujourd’hui. Quels projets pour le média ?

AC : Se consolider comme média de référence à Barcelone, évoluer au rythme des évolutions sociales et technologiques, grandir avec nos lecteurs et auditeurs. Nous avons pas mal de projets en tête comme une application mobile, et le développement d’Equinox en catalan, que nous n’avons pas abandonné.

Vous vous êtes lancés récemment dans des chroniques vidéos, quel est l’objectif de cette expérience nouvelle ?

AC : La vidéo est indispensable aujourd’hui pour qu’un média ait une présence efficace, et en particulier sur les réseaux sociaux. La chronique vidéo se partage mieux sur Facebook par exemple (et Facebook la favorise dans les flux d’actualités de ces utilisateurs). Nous avons aussi testé la vidéo sur le format micro-trottoir et ce fut très concluant.

Cela-a-t-il eu un impact sur l’audience ?

AE : C’est difficile à mesurer, car c’est avant tout une audience Facebook (pas une audience direct sur le site ou la radio donc), puisque la vidéo y est directement diffusée. Toutefois, on peut penser que la large diffusion favorise la notoriété globale de la marque et donc son audience. En d’autres termes, les utilisateurs Facebook qui ont vu/écouté ta chronique et l’ont aimée auront sûrement envie d’écouter d’autres émissions et donc de se connecter au direct ou de réécouter d’autres podcasts.

Horizons Médiatiques

Le monde raconté par les étudiant·es du Master Nouvelles Pratiques Journalistiques de l'Université Lumière Lyon 2.